Il voulait nous rendre « libre » !

5 mai 2015

Méditations, Textes

Juan_de_Torquemada_83145_jpg_1306973099« L’action se passe en Espagne, à Séville, à l’époque la plus terrible de l’Inquisition, lorsque chaque jour s’allumaient des bûchers à la gloire de Dieu ».

Ainsi débute l’épisode du Grand Inquisiteur dans les Frères Karamazov, le chef d’œuvre de Dostoïevski.

Dans ce texte d’une vingtaine de pages, Dostoïeski raconte une légende : celle du retour du Christ sur terre, à Séville, au XVIème Siècle. Il est apparu doucement, sans se faire remarquer, et curieusement, tous le reconnaissent.

« Silencieux, il passe au milieu de la foule avec un sourire d’infinie compassion. Son cœur est embrasé d’amour, ses yeux dégagent la Lumière, la Science, la Force, qui rayonnent et éveillent l’amour dans les cœurs »

Le peuple est comme aimanté et suit dans l’allégresse. Il arrive sur le parvis de la cathédrale et ressuscite une petite fille que l’on s’apprêtait à Jesus-Christenterrer. C’est alors qu’arrive le cardinal Grand Inquisiteur, le maître des lieux, qui a déjà fait brûler une centaine d’hérétiques en cette même place.

« C’est un grand vieillard, presque nonagénaire, avec un visage desséché, des yeux caves, mais où luit encore une étincelle. »

Il a tout vu : l’arrivée de l’homme, la foule en liesse, le miracle. Il donne l’ordre de faire arrêter le Christ.

« Si grande est sa puissance et le peuple est tellement habitué à se soumettre à lui obéir en tremblant, que la foule s’écarte devant ses sbires ».

On enferme le prisonnier dans une étroite cellule du bâtiment du Saint-Office. A la nuit tombée, le Grand Inquisiteur vient lui rendre visite, seul « C’est Toi, Toi ? l’apostrophe-t-il. Pourquoi es-tu venu nous déranger ? »

Le prisonnier ne dit rien. Il se contente de regarder le vieillard. Alors celui-ci reprend : « N’as-tu pas dit bien souvent : « Je veux vous rendre libres ». Eh bien ! Tu les as vus les hommes « libres », ajoute le vieillard d’un air sarcastique. Oui cela nous a coûté cher, poursuivit-il en le regardant avec sévérité, mais nous avons enfin achevé cette œuvre en ton nom [...] Sache que jamais les hommes ne se sont crus aussi libre qu’à présent, et pourtant, leur liberté, ils l’ont humblement déposée à nos pieds ».

Puis le Cardinal explique à Jésus qu’il n’aurait jamais dû résister aux trois tentations diaboliques : changer les pierres en pains, se jeter du haut du pinacle du Temple, et demander aux anges de le sauver et accepter de régner sur tous les royaumes du monde (Matthieu 4,1-11). Car, poursuivit-il, il n’y a que trois forces qui peuvent subjuguer la conscience humaine : le miracle, le mystère et l’autorité.

4049966645_7618d4208c_z« Et toi tu veux aller au monde les mains vides, en prêchant aux hommes une liberté que leur sottise et leur ignominie naturelle les empêchant de comprendre, une liberté qui leur fait peur, car il n’y a , et il n’y a jamais rien eu, de plus intolérable pour l’homme et pour la Société ! [...] Il n’y a pas, je te le répète, de souci plus cuisant pour l’homme que de trouver au plus tôt un être à qui déléguer ce don de la liberté [...]. Là encore tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves [...]. Nous avons corrigé ton œuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l’autorité. Et les homme se sont réjouis d’être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste qui leur causait de tels tourments [...]. Demain, sur un signe de moi, tu verras ce troupeau docile apporter des chardons ardents au bûcher où tu montreras pour être venu entraver notre œuvre « .

L’inquisiteur se tait, Il attend avec nervosité la réponse du prisonnier qui l’a écouté pendant des heures en le fixant de son regard calme et pénétrant.

« Le vieillard voudrait qu’il lui dise quelque chose, fût-ce des paroles amères et terribles. Tout à coup, le prisonnier s’approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues. C’est toute la réponse.

Le vieillard tressaille, ses lèvres remuent ; il va à la porte, l’ouvre et dit « Va-t’-en et ne reviens plus… plus jamais ! »

Et il le laisse aller dans les ténèbres de la ville »

Il y a une perversion spécifique à l’Inquisition : On torture des corps pour le bien des âmes ; on viole les consciences au nom de la sauvegarde de leur liberté.

Il voulait nous rendre

Le Christ Philosophe – Frédéric Lenoir.

 

Ne peut-on pas y voir un sujet d’actualité ?

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3 Réponses à “Il voulait nous rendre « libre » !”

  1. danae Dit :

    Bonjour chère Lily, ah la liberté, un sujet crucial, que chacun recherche au tréfond de son âme ! Belle journée

    Dernière publication sur Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs : Sourires des enfants du monde

    Répondre

  2. Océanique Dit :

    Quand nous aurons délié les liens qui nous entravent, délivrés de la religion des hommes de pouvoir nous accueillerons avec sérénité « La liberté ». Merci de ce beau texte.
    Bisous

    Répondre

  3. jean Dit :

    Cruellement d’actualité…
    merci pour ce texte…
    Sincèrement
    Jean

    Répondre

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