Le quatrième Mur

29 septembre 2014

Livres

De Sorj Chalandon, Journaliste et écrivain français. Après avoir travaillé trente-quatre ans à libération. Il est aujourd’hui membre de la rédaction dLe quatrième Mur dans Livres le4ememur-185x300u Canard Enchaîné.

 

Résumé :

L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la Guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs.

Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.

Samuel était grec. Juif aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix.

Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne….

 

Avis :

Samuel est un metteur en scène grec ayant fui le régime des colonels en Grèce. Il arrive à Paris et témoigne de ce qu’il a vu, vécu. Il fait la rencontre de Georges qui fait parti d’un mouvement pour la libération de la Palestine…et affronte quotidiennement des groupuscules en France en expédition punitive.

Georges est un idéaliste, Samuel est un réaliste mais rêve de pouvoir unifier les peuples à travers le Théâtre. Mettre un quatrième mur entre le spectateur et l’artiste pour que ce dernier puisse faire passer son message en toute liberté.

Aussi Samuel au crépuscule de sa vie, demande à Georges de réaliser son rêve …montrer l’absurdité de la Guerre en montant Antigone au Liban.

Nous sommes avant les événements de Sabra  et Chatila….avant la destruction.

Georges rejoint ce groupe constitué de membres disparates qui campent sur leur position et l’idéal national.

Antigone c’est le refus…le droit de dire non à la Tyrannie mais aussi la volonté de traduire que « Œil pour Œil ; Dent pour Dent » n’entraine que l’anéantissement des deux parties il n’y a pas de vainqueurs ni de vaincus.

C’est le message que Samuel souhaite transmettre, c’est le message que Georges souhaite faire comprendre.

Il est intéressant de voir dans ce livre de quelle manière les acteurs de la pièce en fonction de leur religion, de leur opinion nationale voit son personnage  et porte incidemment le drapeau de leurs propres idéaux puis petit à petit comprennent le sens sans le dire et finissent par comprendre toute la tragédie de la pièce qui n’est que la répétition inlassablement de la Guerre que se livre les peuples.

On finit par s’attacher aux personnages à comprendre leurs argumentations à voir que chacun peut avoir raison que le message de paix doit s’adapter en tenant compte de chacun.

Puis c’est les événements de septembre 1982  dont Georges est témoin….c’est l’incrédulité, c’est la terreur, c’est l’atrocité….Georges vit la guerre dans son corps et son âme, il vit le cri des enfants, les pleurs des femmes, le questionnement des hommes à travers les ruines, les pierres jonchant le sol, les enfants désarticulés sur le sol.

Il veut aider et aie à son tour blessé…seul il découvre la solidarité de ces êtres que tout opposent chacun pose la pierre à l’édifice pour que continue à vivre l’humanité.

Mais la Guerre n’est pas humaine et les frappe durement.

Georges rentre en France, brisé….il est absent tout en étant présent. Son corps est France sa tête est à Beyrouth….il voit ses amis morts, il entend le bruit des bombes.

Il vit le dégoût de la défense d’un groupe au mépris de l’autre…il comprend qu’on ne peut savoir ce qu’est une Guerre quand la vivant ..en vivant la détresse.

Il s’aperçoit que les êtres vivent dans une bulle de leur quotidien et s’imprègne des horreurs à travers les journaux protéger dans leur routine et la « futilité » de leurs envies, de leurs besoins.

Il perd pied…il n’a plus sa place, il n’arrive plus.

Peut-on sortir indemne d’un tel vécu ? Peut-on revenir à une vie normale ? Où sombrerons-nous dans la folie ?

Georges par son retour dans un monde qui lui est devenu étranger se sent vide ….et se demande où est sa place…cela n’est pas sans faire penser aux otages français Kaufmann et Seurat otages au Liban…après tant d’années d’absence à vivre dans la peur de leurs geôliers  vivre le sadisme et les simulacres des exécutions comment psychologiquement en sortir sans bleus à l’âme, sans esprit de vengeance, sans traumatisme ?

Quand on voit Georges revenir en France, détruit, brisé on peut en vouloir à Samuel. Car égoïstement il a voulu que soit monter cette pièce dans un pays en proie à la Guerre sans tenir compte des dégâts que cela pouvait engendrer, sans tenir compte que son ami pouvait mourir, sans tenir compte que son ami pouvait perdre sa famille.

Samuel a-t-il vraiment penser qu’à lui ? Caprice d’un metteur en scène ? où a-t-il voulu montrer aux différentes parties l’absurdité de leurs antagonismes ?

Ce livre bien que parlant d’événement de 1982 est un écho aux événements actuels et doit nous interpeler, nous interroger.

On n’en ressort pas indemne …..

 

Extrait :

 

« Lorsque les portes coulissantes se sont ouvertes, je n’ai vu qu’eux. Ma poignée de vie, au milieu des autres bienvenues. Aurore, Louise, deux amis, quelques copains. J’avais tellement espéré qu’ils ne seraient pas là.

J’ai entendu mon prénom dans le hall, crié comme un vivat. J’ai vu leurs bras en l’air. Leurs sourires barbouillant leurs visages. Un imbécile agitait un drapeau palestinien. J’ai baissé les yeux. J’avais honte. J’ai cherché un sourire à leur offrir.

Je l’ai puisé au fond de moi. Le sourire éclatant d’Imane, le sourire chaleureux de Marwan, le sourire moqueur de Charbel. J’ai relevé la tête. J’avais trouvé.

Je suis revenu à eux avec le sourire de Nakad qui pardonnait ma gêne, d’être trop aimé de lui. Un sourire magnifique. Le sourire que j’aurais pu lui rendre, je l’offrais à ces étrangers.

[...]

Louise était plaquée contre ma jambe malade. C’est alors que les autres se sont avancés. Ils étaient plus nombreux que tout à l’heure. Des copains de Jussieu, des  pions de mon collège, des profs. Ils venaient renifler le drame, en être, voir de près celui qui avait vu. »

 

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5 Réponses à “Le quatrième Mur”

  1. Océanique Dit :

    Très intéressant ce livre. Antigone a longtemps parlé à ma liberté
    Réunir des arteurs de chaque clan peut amener le dialogue
    J’ai rencontré sur le Chemin d’Arles deux jeunes de confession différents partis ensemble faire le chemin de Compostelle : un juif un chrétien un musulman …
    Bisous

    Répondre

  2. danae Dit :

    Je te souhaite un très bon week end chère Lily, avec un beau temps automnal et doux. Bises

    Dernière publication sur Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs : Sourires des enfants du monde

    Répondre

  3. danae Dit :

    Coucou Lily, une belle idée de réunir un membre de chaque clan pour monter une pièce de théâtre ensemble ! Malheureusement la guerre est aussi un théâtre où les gens s’affrontent dans la violence. C’est triste. Bises et bonne journée

    Dernière publication sur Les voyages de Danae au Sahara, en Asie et ailleurs : Sourires des enfants du monde

    Répondre

  4. francine Dit :

    bonjour, je ne connais pas, je note, au cas où jemanquerias de lecture; je te souhaite une bonne journée bisous

    Répondre

  5. Phène Dit :

    Merci pour cette découverte, chère Lily… Belle semaine à Toi et au plaisir de te retrouver à l’Antre-Soi… Bien âmicalement

    Répondre

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